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L'influence arabo-musulmane en Amérique Latine


Quand on pense à des personnalités latinos célèbres, il nous vient tout de suite à l’esprit des noms comme Shakira, Salma Hayek ou encore Carlos Slim. En effet, ces 3 personnalités ont un point en commun, ils partagent tous un même héritage arabe.

On sait tous que l’Amérique latine est un continent empreint de diversité, et quand on parle de nos origines latinos d’un point de vue purement ethnique, on cite toujours les sources européenne, indigène et africaine, qui sont sans doute les plus présentes dans l’adn latino. Pourtant on néglige le composant arabe, qui est certes minoritaire, mais reste important.

Alors quelles sont les traces de l'identité arabe en Amérique latine ?


Une histoire de liens millénaires


Actuellement, il est estimé que 18 millions de latinoaméricains ont des origines arabes. Mais de quand date le début de cette histoire partagée entre ces deux cultures qui paraissent très différentes à première vue? Et surtout quels furent les principaux motifs qui ont motivé l’immigration en Amérique latine?

Selon différentes études et calculs, on pense que c’était plutôt entre la fin du 19e siècle et le début du 20e que la majorité des immigrés arabes ont émigré sur le continent américain. Ils n'étaient pas formellement des réfugiés comme ceux qui aujourd'hui demandent le passage en Europe, beaucoup fuyaient en réalité de graves dangers . Les motifs étaient divers: d'abord, une crise dans la production et la vente de la soie a fait émigrer des milliers de Libanais qui vivaient de cette activité, mais des persécutions éclatèrent également contre les minorités chrétiennes maronites (catholiques orientaux de Syrie et du Liban), ce qui, conjugué à l'effondrement de l'Empire ottoman et au risque d'aller au front, poussa de nombreux jeunes hommes à rechercher de nouveaux horizons.

L'Amérique est apparue comme une destination attrayante, dans certains cas en raison de sa proximité avec la puissance que sont les États-Unis, dans d'autres cas en raison des opportunités offertes par des pays comme le Brésil ou l’Argentine à ceux qui voulaient coloniser des terres. Il s’agissait encore d’immigrants refoulés des terres étasuniennes car d’éducation jugée trop faible.

Aussi, il faut souligner que la plupart des arabes venus en Amérique étaient d’origine chrétienne, ce qui fut une autre raison pour choisir le continent ; les personnes d’origine musulmane étaient rares lors des premières vagues d’immigration liées aux persécutions religieuses.



Quelques détails sur l’influence arabo-musulmane en Amérique latine


“ Etre arabe – ou musulman – ne veut sans doute pas dire la même chose à Bogotá, São Paulo, Santiago, Buenos Aires ou La Havane” déclare Alain Roussillon dans son article Les Diasporas arabes en Amérique latine. Les démonstrations de l’héritage identitaire, très présents sur le continent, diffèrent bien selon les pays. Mais cela inclut également les pays d’origine de ces nouveaux latinos. Pour les nouvelles générations, le rattachement au pays d’origine est majeur pour définir leur identité. Ils sont latinoaméricains, d’un pays de naissance, d’une communauté arabe, et d’un pays d’origine particulier.



Dans un premier temps, les nouveaux immigrants arabes sont majoritairement syriens et libanais ainsi que palestiniens. Ils s’intègrent parfaitement à leur nouvelle région et deviennent principalement commerçants . Ils sont actifs dans les économies d’Amérique latine où ils contribuent vivement au commerce en ouvrant les leurs, en prenant une grande part dans les échanges. Ils introduisent des particularités orientales comme la vente ambulante et le crédit, peu commun en Europe avant leur avènement par les communautés arabes.

Les historiens ont constaté des vagues d’immigrations d’Arabes et de musulmans vers le Pérou qui faisaient suite à l’effondrement de l’empire ottoman au début du XXe, mais également l’exil de nombreux Palestiniens suite à l’établissement d’Israël. La première vague d'exilés fuyant l'oppression ottomane a été surnommée les Turcos (début XIXe-XX en Amérique du Sud) et le nom et dès lors, resté.


Cet héritage culturel émane de deux sources principales qu’on peut classifier en source primaire soit la diaspora, et en source secondaire, celui apporté par les colons espagnols après avoir été sous sept siècles de domination maure à l’époque d’al-Andalus.


Sur les pas de l’influence arabo-musulmane dans les villes


On retrouve de nombreux noms de villes d’héritage arabe comme la ville de Guadalajara au Mexique. En effet, ce nom vient de l’arabe wadi lh'ijara, “fleuve rocheux” en français, il a été donné en hommage au fondateur de cette ville mexicaine qui venait lui-même de Guadalajara en Espagne. Autre exemple de ville au nom arabe en Colombie avec la ville de Palmyre, qui existe aussi en Syrie. En Colombie il existe d’autres petits clins d’oeils au monde arabo-musulman avec la rue des Arabes , des Libanais, des Syriens, ou encore des Palestiniens à Bogotá.

Mais cet héritage ne s’arrête pas aux pays hispanophones. Le quartier Saara, dans le centre historique de Rio de Janeiro, est emblématique de la culture arabo-musulmane au Brésil, avec son immense marché , le plus populaire de la ville.


L’architecture communément appelée “à l’espagnole” ou “de style coloniale” est très marquée dans l’ensemble de la région d’Amérique latine et dans les Caraïbes. On parle notamment de style andalou, en référence à la région d’Espagne la plus longtemps occupée et d’architecture musulmane très marquée.

Tout cela est représenté dans le style architectural de Lima avec l’art mauresque, notamment visibles sur les azulejos des maisons coloniales et les balcons moucharabieh.



Les célèbres balcons de Lima, incontournables de l’architecture coloniale de la ville.

Ils sont d’influence andalouse/mauresque avec l’utilisation du bois. Les formes, les maillages ont un aspect technique : ils permettent de ventiler, mais aussi d’avoir une vue d’ensemble de l’environnement extérieur via la disposition des balcons appelés miradors.


Un mashrabiya/moucharabieh de Tunis.

Saveurs d’Orient au sud du continent


L’arrivée des Syriens, Libanais et Palestiniens s’est graduellement accompagnée de l’avenance de nombreux éléments propres à la culture de leurs pays respectifs. La cuisine dite orientale, les plats, mais surtout les épices et les manières de cuisiner se sont incorporées dans la cuisine latinoaméricaine. Parmi les ingrédients clés on compte les fameux : huile d’olive, safran, cannelle, clou de girofle, ou encore pois chiche.

La nourriture du Moyen-Orient a déposé ses effluves jusqu’au Brésil. Habib’s, la chaîne de fast-food nationale du Brésil spécialisée dans la cuisine orientale, propose des mets connus et consommés par tous.

Au Mexique, le berceau des tacos, l'une des spécialités de tacos est une invention orientale. En effet, des immigrants libanais seraient les inventeurs des tacos al pastor. Porc mariné au cumin, ananas, coriandre, origan, oignons rouges composent ce classique de la street food mexicaine. Cette recette emploie la méthode de cuisson de la viande similaire à la broche de kebabs et shawarmas.


Mosquée de Santa Cruz en Bolivie - Sylvie Taussig

Quid de l’islam en Amérique latine


L’influence religio-culturelle viendrait surtout du lien entre les maures musulmans et l’Espagne dans un premier temps qu’ils ont ensuite importé pendant leur conquête vers le “Nouveau Monde”.

Il peut paraître étonnant de penser que l’islam puisse avoir une quelconque influence au vu du lien très fort entre la culture hispanique et le christianisme.

Les latinos chrétiens reconvertis à l’islam cultivent l’idée d’un retour à la culture, et surtout, à la religion originelle. Les musulmans convertis ne se disent pas qu’ils entrent dans la religion mais qu’ils retournent là où est leur place après un départ forcé qui serait causé par la colonisation et le christianisme imposé sur le territoire latinoaméricain. Sans même être issus de l’immigration musulmane ou de descendance musulmane. D’après les chercheurs, ils restent une minorité et représentent quelque 0.01% à 0.03% dans chaque pays de la région. Il est à noter que l’un des groupes contributeurs à la diffusion de l’islam, à moindre échelle, sur le continent n’est autre que celui des esclaves africains. Les peuples d’Afrique sub-saharienne, et en particulier de l’Ouest, ayant été particulièrement ciblés par l’islamisation lors des conquêtes arabes, tout comme l’Espagne entre 711 et 1492.



La cohabitation des membres de la diaspora avec les autres habitants de l’Amérique latine


D’après certains musulmans, la communauté établie sur le continent entretiendrait des liens de respect et d’amitié avec toutes les autres religions.

Les musulmans du Pérou admettent une bonne intégration à Lima notamment par le biais des médias, où sont diffusées des émissions quotidiennes en arabe et à des périodes spécifiques des programmes télévisuels dédiés à accroître la connaissance du monde musulman. Il semble que les membres des diasporas orientales soient pleinement intégrés aux sociétés latinoaméricaines comme en témoignent les œuvres des romanciers Jorge Amado, Gabriel Garcia Marquez ou Isabel Allende. D’autre part, en Amérique du Sud, bon nombre de membres des élites économiques, politiques et intellectuelles sont des figures issues de l’immigration des Turcos.


Les relations entre monde arabe et monde latinoaméricain


Dans la continuité du renforcement des relations Sud-Sud, il existe une réelle coopération bilatérale entre pays arabes et pays latinos : ils collaborent, plus ou moins efficacement pour l’accroissement économique de leur pays face, notamment, à l’avancée des pays du Nord. Cela ayant mené à la création du sommet Amérique du Sud-Pays Arabes (ASPA).

Ces pays se réclamant de l'anti-impérialisme comme par exemple le Venezuela avec son ancien président Hugo Chavez et l’idéologie découlant de sa pensée. Cependant cette union transparaît sur d’autres points, dans certaines pratiques anti-démocratiques. Une contradiction réside dans les discours des chefs d'État autoritaires des 2 régions : la solidarité avec les peuples opprimés mais aussi les violations flagrantes des droits de l’Homme, de la démocratie et de l’Etat de droit. C’est ainsi qu’ils se soutiennent mutuellement face aux accusations de la communauté internationale, notamment de l’ONU.

À des fins de coopération économique, commerciale et de développement, le Venezuela a fait la demande d’être intégré au groupe des plus grands exportateurs de pétrole du monde, l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP, incluant Arabie Saoudite, Qatar, Koweït et Venezuela). Cette organisation internationale unit ces géants de l’or noir et leur confère une alliance puissante, et ainsi une certaine supériorité sur les pays dépendants de leur offre.



Yasmina et Omar




Sources:



 
 
 

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